Réflexions de Ladine

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Lieu : Vaudreuil-Soulange, Canada

dimanche, juin 26, 2005

La mince ligne blanche



Le savoir-vivre est une vertu qui tend à disparaître.Pour vérifier la validité de cet axiome, pointez-vous à la porte d'un magasin, les bras chargés d'emplettes, et attendez qu'une âme charitable daigne bien vous ouvrir la porte. Vous vous rendrez compte assez vite que, dans certaines circonstances, vous risquez d'attendre longtemps.C'est pire encore si vous êtes un homme d'un certain âge que la nature n'a pas choyé... Là, non seulement très peu de gens vous ouvrirons la porte, mais certains iront même jusqu'à vous lancer un regard méprisant, comme si vous étiez un pestiféré sortit tout droit d'une autre époque. Révoltant!

( Le plus frustrant dans tout ça, c'est de savoir que les récriminations exprimées dans ces lignes ont très peu de chances d'atteindre les personnes visées, celles-ci étant peu enclines à lire ce genre de document ).

Pourquoi notre société en est-elle rendue là ? C'est qui, l'imbécile, qui a décrété que la gentillesse était révolue ? Le même, j'imagine, qui a décidé que le vouvoiement est une marque de politesse surranée; que de tutoyer les étrangers - à plus fortes raisons, s'ils sont vieux et vulnérables- est une marque de franche camaraderie dont il faut encourager la transmission de générations en générations.Qu'on lui mette la main au collet, à ce salaud, et qu'on le pende haut et court. Non mais...

Vous n'avez qu'à regarder ce qui se passe dans notre charmant système de santé pour vous en faire une juste idée. Faites le tour des chambres et observez la manière cavalière avec laquelle on traite la clientèle âgée, en particulier les grabataires qui sont, par définition, dépendants du personnel hospitalier. Vous constaterez que certains employés utilisent des termes familiers qui n'ont pas leur place dans ce genre d'endroit. Qu'on vienne pas me dire que ces entorses aux savoir-vivre font parties d'une démarche thérapeutique destinée à aider la clientèle à se sentir chez eux. Aussi bien leur permettre d'apporter Pitou, lui lancer la balle et ramasser leurs déjections, tout ça entre deux comptes-rendus de leur fin de semaine, tant qu'à y être.J'ouvre une parenthèse: j'ai jamais vu un chien manquer intentionnellement de respect envers son maître... et, par ailleur, envers qui que ce soit. Je ferme la parenthèse.

Des exemples comme celui-là, il y en a à la pelle. Et le monopole de la bêtise humaine n'appartient pas qu'aux employés de l'État. Nous y sommes tous pour un peu beaucoup dans la détérioration des rapports humains. Comme si ce qui nous départage de l'animal était tout à coup une habilité désuète, qui ne nous sert strictement à rien, d'autant plus que la chose ne nous rapporte aucun rendement à court terme. On en est rendu là, imaginez-vous donc.

L'indifférence et la compassion ainsi que le savoir-vivre et l'irrespect sont délimités par une mince ligne blanche dont on aurait intérêt à revoir les frontières. Il n'est pas trop tard pour revoir nos positions sur le sujet. Si tout le monde faisait cet examen de conscience, la société tout entière ne s'en porterait que mieux.

1 Comments:

Anonymous France said...

Tu touches un de mes dadas ici: la politesse - valeur du temps des dinosaures que même l'interminable mode rétro n'a pas remise sur les tablettes.

Mais des efforts se font, comme en témoignent ces quelques écoles montréalaises qui ont réinstauré le vouvoiement il y a une couple d'années.

Preuve réjouissante que nous sommes plus de deux à constater nos moeurs grincantes de rouille. ;o)

10:34 AM  

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