Réflexions de Ladine

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur mes états d'âme du moment, et plus...

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Lieu : Vaudreuil-Soulange, Canada

samedi, juillet 23, 2005

Dommages collatéraux

La délation en milieu de travail fait un malheur dans les médias, ces jours-ci.
J’écoutais les commentaires d’un ex-employé du zoo de Granby qui se plaignait d’avoir été injustement congédié parce qu’il avait osé remuer de la merde sur son lieu de travail afin de dénoncer
les agissements d’un supérieur aux mains baladeuses, que l’envie de foutre une baffe à sa patronne, qui débattait de la chose avec lui sur les ondes de TQS, m’est passée par la tête.
Ce matin je lisais un article dans le Journal de Montréal, où il était fait mention du même sort réservé à trois employés de la société des postes qui avaient osé dénoncer le comportement de certains de leurs confrères de travail, portés sur la farniente, qui avaient eu la brillante idée de vendre leur run de lettres pour la modique somme de 20 dollars, que l’envie de botter le cul à leur supérieur m’est passé par la tête.
Je regardais un reportage télévisé au cours duquel deux vieux ayant toutes les difficultés du monde à tenir sur leurs deux jambes en vinrent aux coups, devant un reporter médusé, pour la simple raison que l’un d’eux avait eu la fâcheuse idée de dénoncer les agissements de son antagoniste de voisin, qui avait transformé son terrain en dépotoir à ciel ouvert, que l’envie de leur chiper leurs dentiers m’est passée par la tête.
Avant d’aller plus loin, je vais mettre un bémol. Il existe une certaine catégorie d’individus qui crèche à l’enseigne de l’intolérance. Suffit que notre enfant laisse traîner une bébelle sur leur propriété pour les voir rappliquer chez nous, l’écume à la bouche et les poings serrés. Nous avons tous une petite anecdote les concernant, j’en suis persuadé. Tous des idiots ( tes )… et encore, je me retiens.
Nonobstant cette triste réalité, il est des situations qui méritent d’être dénoncées sans encourir le risque de subir les foudres de la direction. Les employeurs se targuent d’appliquer une politique de tolérance zéro en matière d’intimidations, de malversations et d’attouchements sexuels, mais dans les faits, c’est loin d’être le cas. Les plaignants ( les stools comme diront certains ) s’attirent bien peu de sympathie auprès de la direction. Leurs démarches s’apparentent bien souvent à un manque de loyauté envers leur confrères de travail. Un peu comme si le fait de faire des vagues allait avoir comme conséquence de vicier l’atmosphère de travail et se solder par une baisse de productivité.


Tout indiqué que soit la délation dans certaines circonstances, la démarche n’est pas sans occasionner certains désagréments, du genre recherches de témoins pour valider le compte-rendu du délateur.
Pour bien comprendre le malaise qui étreint les témoins au moment de vider leur sac, j’ai une anecdote à vous raconter sur le sujet. Au cours de mon bref séjour dans les forces armées canadiennes, du temps de ma jeunesse, je fut appelé à témoigner des agissements répréhensibles d’un camarade d’entraînement. Le prix de la bière étant bien en deçà de celui que l’on trouvait dans le civil, il nous arrivait souvent d’aller faire la fête dans l’unique bar situé sur la base. La promiscuité des lieux aidant, il m’arrivait souvent d’être témoin de certains égarements. Comme cette fois où ledit camarade d’entraînement ainsi qu’un autre type se sont amusés à jouer à un jeu qui consistait à déposer une cigarette allumée entre leurs deux avant-bras, question de déterminer qui d’entre eux était le plus dur avec son corps. La séance de torture pouvait durer des fois tellement longtemps qu’on pouvait percevoir une légère odeur de roussi s’élever des deux pièces de viande ignées.
Il existe un article dans le code martial stipulant qu’il est interdit de porter atteinte à son intégrité physique, sous peine de sérieuses conséquences, pouvant aller jusqu’au congédiement.
Quelqu’un aura été conter l’histoire à un supérieur, qui aura lui-même déballé le morceau à ses supérieurs. Ceux-ci m’ont invité à venir raconter ma version des faits devant un tribunal militaire constitué de hauts gradés à la mine patibulaire. J’étais planté là, droit comme un I, l’œil fixe, le cœur tambourinant contre les parois de ma cage thoracique et suant à grosses gouttes, à livrer mon témoignage. Leur raconter dans le menu mes observations les plus incriminant. Écouter leurs voix de stentor tonner dans le local exigu qui tenait lieu de tribunal, chaque fois que j’avais le malheur de me contredire. Basta des fioritures, tout ce qu’ils voulaient entendre, c’étaient l'énoncé des faits, un point c’est tout. Et je leurs en ai donné pour leurs argents, des faits. Un peu trop à mon goût, j’en ai bien peur. Rétrospectivement, je ne peux faire autrement que de reconnaître que j’étais pas de taille avec eux. Que s’ils avaient martel en tête de connaître la vérité à tous prix, qu’ils n’allaient pas se gêner pour user d’intimidation et de manipulation afin d’aboutir à leurs fins. Quand bien même j’aurais voulu jouer la forte tête, ils n’en auraient tout de même fait qu’une bouchée de ma petite personne. L’armée est une mécanique bien huilée qui n’admet aucune défaillance. Sitôt le grain de sable identifié, on passe un bon coup de balai, et le tour est joué.
Après la parade des témoins et les quelques jours de délibération, le verdict est tombé: coupable de dégradation physique.
La sentence fut impitoyable: le renvoi pur et simple, pour les fautifs, des forces armées canadiennes.
Inutile de vous dire que la nouvelle a eu l’effet d’une bombe parmi les autres militaires. Même si je n’étais pas directement responsable de ce renvoi, il n’en demeure pas moins que, comme moi, plusieurs des participants à ce simulacre de procès ont commencé à sentir le poids de la réprobation s’abattre sur eux. Personne n’en parlait à voix haute, mais on comprenait tout de suite, dans la façon qu’ils avaient de nous regarder, de se comporter avec nous, que pour le reste de notre séjours en terre martiale, nous ne serions pour eux que des criss de stools. Tout le monde se regardait en chien de faïence. Tout le monde était sur ses gardes, prêt à péter les plombs aux moindres gestes suspects.
Qu’on le veuille ou non, c’est le prix à payer pour dénoncer un mauvais comportement. Faut pas non plus se leurrer : toute démarche en ce sens entraînera invariablement dans son sillage son lot de dommages collatéraux.
Pour poser ce geste de dénonciation, tout est question de valeurs personnelles.
De rapport face à la justice.
D’entêtement.
À la rigueur, de je-m’en-foutisme de ce qui peut arriver aux autres.