Réflexions de Ladine

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Lieu : Vaudreuil-Soulange, Canada

vendredi, juillet 01, 2005

Le tabou de l'argent



Dans un article publié pour le compte d'un quotidien montréalais daté du 18 juin 2005, on apprend, de la plume de la journaliste Manon Guilbert, que l'auteur Marc Levy vient de publier un nouveau roman qui se veut la suite de son best seller " et si c'était vrai ", paru il y a de cela quelques années. Les droits d'en faire une adaptation cinématographique ont été cédés aux studios Dreamwork, qui en ont fait un film, réalisé par nul autre que Steven Speilberg, à paraître sur nos écrans le 16 septembre prochain. À une question posée par la journaliste, Levy indique n'avoir pas jonglé un seul instant avec l'idée de donner une suite à son roman dans un but mercantile.
Ce long préambule pour aboutir au noeud du sujet: l'inclinaison qu'a l'être humain à travestir la réalité et rentrer dans le rang, comme les moutons que nous sommes tous. Qui a dit qu'il était politicaly incorrect d'aborder le sujet de l'argent en publique? Quoi, si on a le malheur de le faire, le mauvais sort s'acharnera sur nous pour les années à venir? Le poil va nous pousser dans les oreilles? Que sais-je encore.
Écoutez, on va pas se conter d'histoires et prétendre que l'appât du gain est la dernière de nos préoccupations. Que ce soit le travailleur à la petite semaine, de même que l'huile qui passe ses fins de semaine à lézarder sur son yatch, rien n'est moins vrai. Et dans ce sens, je vais même rajouter que plus quelqu'un en a de collé, plus il en veut, et plus il en voudra. C'est une simple question de cours naturel des choses.
Pour appuyer mon point de vue, je vous invite à faire aller votre imagination. Admettons, pour un instant, que nous sommes le Marc Levy en question. Un beau jour, quelqu'un, quelque part, décide que la cession de nos droits d'auteur sur le fameux bouquin vaut son pesant d'or. Et, pour couronner le tout, qu'on s'apprête à faire appel à un grand-maître de la pellicule pour en faire ladite adaptation.
Comment on se sent? Élémentaire, mon cher Watson, on se sent en liesse. On nage en plein bonheur. On ne porte plus à terre. À nous la reconnaissance universelle.
Une fois la poussière retombée, le cortège d'entrevues derrière soi, le panégyrique de nos réalisations expédiée, quelques titres plus tard, assis devant l'ordinateur, notre ciboulot se met en mode réflexion. Et si je sautais dans le train en marche? Si je profitais de ma nouvelle célébrité pour me réaliser davantage? M'élever au rang d'icône de la littérature? Et notre cerveau reptilien de nous répondre: pourquoi pas, bonhomme ?
Maintenant... retournons à notre entrée en matière. La journaliste pose une question simple, du genre " étant donné l'intérêt manifesté par les patrons d'une grande boîte de production pour votre roman, avez-vous jamais pensé lui donner une suite ? " , pour se faire répondre quelque chose du genre " jamais il ne m'est venu à l'esprit d'écrire une suite pour la simple raison atavique de profiter de la manne ".
OK, je veux bien croire que le monsieur est sincère dans sa réponse. Qu'il est ce genre d'artiste que toutes considérations matérielles laisse de glace. Quand même... Faut pas charrier. Y avez-vous vu l'air? Il est loin de l'image que je me fais de l'artiste sans le sou ne vivant que pour son art. Il me fait plutôt penser à ces nouveaux-riches intello qui habitent un quartier chic dans une métropole grouillante d'activités, et qui fréquentent les meilleurs tables de la ville en bonne compagnie.
Exagéré, me direz-vous. Probablement. Mais il n'en demeure pas moins que les personnalités publiques rechignent souvent à aborder ce sujet délicat qu'est l'argent. Comme si le fait de s'abaisser à s'en faire pour une chose aussi futile vous enlevais toute forme de crédibilité.
J'ai hâte au jour où quelqu'un osera dire: mets-en que j'ai fait ça pour l'argent. Tu y vois un inconvénient, ma belle?
Et si c'était vrai...