Réflexions de Ladine

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur mes états d'âme du moment, et plus...

Ma photo
Nom :
Lieu : Vaudreuil-Soulange, Canada

vendredi, juillet 01, 2005

Première épreuve

On subit, au cours de notre existence, plusieurs épreuves qui sont sensées forger notre caractère au gré de nos aptitudes personnelles à faire face à la musique. Je me rappelle, comme si c'était hier encore, avoir été témoin du plus bête des accidents qu'il fut possible d'imaginer. Je devais avoir six-sept ans. J'étais installé sur une des galeries qui surplombaient les cours intérieures dont je fais référence plus bas. Maintenant que j'y pense, je devais effectivement être âgé d'au moins sept ans car j'étais assez grand pour voir par dessus la rambarde qui ceinturait ladite galerie.

Des gens, tout en bas, s'affairaient à transporter des matériaux de construction. Parmi l'incessant va et vient des ouvriers de la construction, se trouvaient une bande d'enfants à joyeusement s'amuser. Insouciants du danger et obnubilés par le respect intégral de leur scénario ludique, les enfants couraient dans tous les sens, comme des poules pas de têtes.

Si j'étais pas aussi peu enclin à sociabiliser, j'aurais probablement été parmi eux à ce moment là, avec tout ce que cela aurait signifié de changements du cours des événements. Quoi qu'il en soit, je n'étais pas là, et je ne m'en porte pas plus mal aujourd'hui.

Donc, les enfants couraient dans tous les sens. Un moment donné, l'un des hommes débouche de l'entrée cochère avec une empillade de déclin d'aluminium posée en équilibre précaire sur son épaule. Rétrospectivement, je suis persuadé que le temps, à ce moment précis, s'était contracté. Je vois l'homme traverser la cours au ralenti - le père de l'enfant, si la mémoire ne me fait pas défaut; l'enfant se précipiter à sa suite; dans le dos de l'homme, le déclin d'aluminium fléchir dangeureusement, jusqu'à arriver à la hauteur du visage de l'enfant; le cri d'une mère affolée - qui devait sûrement avoir anticipé le pire - fendre le calme relatif de cette matinée tragique; ce qui devait arriver, arriver. L'enfant s'est embroché l'oeil dans le coin du panneau d'aluminium. Je n'oublierai jamais le hurlement de douleur qui fusa de ses entrailles au moment ou il portait la main à son oeil. D'un terrible coup du destin, sa vie venait de basculer. En une fraction de seconde, le sort aura voulu qu'il devienne borgne pour le restant de ses jours. Je le revois se réfugier, en pleurs, dans les bras de sa mère. Le père, laisser tomber son chargement, pour se précipiter à sa suite. Tous ce beaux mondes réintégrer leur logement et se mettre en mode urgence. Le souvenir que je garde de cet événement s'arrête là. Je n'ai pas souvenance avoir jamais été en contact avec l'enfant par la suite. J'imagine que la terrible épreuve aura fait en sorte d'affligée la mère d'un réflexe de surprotection facilement compréhensible. Voilà, c'était un pan de mon existence que je voulais partager avec vous. Je reviendrai de temps à autre sur certaines anecdotes de mon crue, histoire de placoter de tout et de rien.